La redevance de marque
Votre société utilise une marque. Si cette marque vous appartient à titre personnel, elle doit vous payer pour l'utiliser. Voilà le dispositif. Ce qui suit explique ce qu'il rapporte réellement, et dans quels cas il ne rapporte rien.
Textes vérifiés sur Légifrance le 23 octobre 2026

Ce que c'est, en une phrase
Une marque est un bien, et son propriétaire peut en concéder l'usage contre une redevance. Quand le propriétaire est le dirigeant et que le licencié est sa propre société, deux personnes juridiquement distinctes contractent : rien dans cette construction n'est irrégulier par nature.
Côté société, la redevance est une charge d'exploitation, donc déductible du résultat. Côté dirigeant, c'est un revenu. Tout le dispositif tient dans l'écart entre la façon dont ce revenu est prélevé et celle dont une rémunération l'aurait été.
La catégorie de revenu, qui commande tout
Le code général des impôts range expressément ces produits dans une catégorie, et ce rattachement n'est pas une formalité déclarative : c'est lui qui commande le traitement social, qui est tout l'intérêt de l'opération.
« Les produits perçus par les inventeurs au titre soit de la concession de licences d'exploitation de leurs brevets, soit de la cession ou concession de marques de produits ou de services, procédés ou formules de fabrication »
Il s'agit donc de bénéfices non commerciaux. Et c'est précisément parce que ce sont des BNC, et non des traitements et salaires, que la question de l'assiette sociale se pose différemment.
Pourquoi le gain est social et non fiscal
La formule que l'on lit partout, celle de percevoir « sans charges », est fausse. Un revenu supporte des prélèvements sociaux dans tous les cas. Ce qui change, c'est quelle assiette s'applique.
Une rémunération de dirigeant entre dans l'assiette des cotisations du travailleur indépendant CSS art. L. 131-6, laquelle renvoie à l'assiette d'activité CSS art. L. 136-3. Un bénéfice non commercial perçu hors activité professionnelle relève, lui, de la contribution sur les revenus du patrimoine.
« De tous revenus qui entrent dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles au sens du code général des impôts, à l'exception de ceux qui sont assujettis à la contribution sur les revenus d'activité et de remplacement »
Le membre de phrase décisif est le dernier. Le basculement vers l'assiette patrimoniale n'est pas une option que l'on coche : il ne vaut que pour les revenus qui ne sont pas assujettis à la contribution d'activité. Une concession exercée à titre professionnel (de manière habituelle, avec des moyens, comme une activité) y retombe, et le dispositif perd son objet.
Ce que ça rapporte, et à partir de quand ça ne rapporte plus
Voici le point sur lequel nous nous séparons des pages qui vendent ce dispositif. Le gain existe, mais il est modeste, et il s'inverse.
À budget égal pour la société, seule comparaison honnête puisqu'elle place les cotisations et l'impôt sur les sociétés là où ils sont réellement supportés, un dirigeant seul sans autre revenu gagne environ 1,6 % de net en passant par la redevance plutôt que par la rémunération. Pas 40 %, pas 30 % : 1,6 %.
Et dès que les autres revenus du foyer montent, la redevance tombe dans les tranches à 41 puis 45 % du barème CGI art. 197, auxquelles s'ajoutent les 18,6 % de prélèvements sociaux. La rémunération, elle, voit ses cotisations sortir de l'assiette imposable. Le classement s'inverse.
- Redevance de marque32 596 €Sans autre revenu : la voie la plus favorable, de peu
- Rémunération de dirigeant32 068 €Et les cotisations ouvrent des droits que la redevance n'ouvre pas
- Dividendes25 725 €Pénalisés par l'impôt sur les sociétés, payé avant la distribution
- Redevance, avec 150 000 € d'autres revenus19 477 €Contre 21 759 € en rémunération : le dispositif devient perdant
Dirigeant seul, une part, cotisations du travailleur indépendant retenues à 45 % du net, impôt sur les sociétés au taux normal de 25 % (CGI art. 219, I). Barème CGI art. 197, I-1 et prélèvements sociaux à 18,6 %, relevés le 23 octobre 2026. Chiffres calculés par le moteur du simulateur.
Il y a donc une fenêtre, et elle se referme par le haut. C'est la raison d'être de notre simulateur : il ne sert pas à confirmer que l'opération est bonne, il sert à savoir de quel côté de la fenêtre vous êtes.
Les trois conditions de validité
Un contrôle ne porte jamais sur le principe, il porte sur les pièces. Trois conditions font la différence, et elles se construisent avant le premier versement.
- Une marque réelle, à votre nom. Déposée, en vigueur, et au nom de celui qui perçoit la redevance. Une marque au nom de la société qui paie ne peut pas lui être louée.
- Un contrat daté et inscrit. Écrit, signé, précisant produits, territoire, durée, assiette et taux. C'est l'inscription au registre national des marques qui lui donne une date certaine et l'oppose aux tiers.
- Un taux justifié par une évaluation. Antérieure au contrat, croisant au moins deux méthodes. Sans elle, le taux n'est qu'une affirmation, et un taux excessif se sanctionne sur le terrain de l'acte anormal de gestion.
À quoi s'ajoute une évidence qui manque pourtant souvent au dossier : la société doit réellement exploiter la marque, et pouvoir le prouver par des pièces millésimées.
- 1Lire le registre
Au nom de qui la marque est-elle déposée ? C'est la question qui conditionne tout le reste.
- 2Déposer, ou sortir la marque de la société5 mois minimum
Le second cas est une cession, et la plus-value est imposable.
- 3Faire évaluer
Rapport écrit, méthode explicitée, comparables documentés.
- 4Signer puis inscrire le contrat
L'inscription au registre fournit la date certaine.
- 5Facturer, puis encaisser
Facture avec TVA, virement tracé, écriture en charge.
Le dépôt précède le contrat, et le contrat précède le premier versement. Une redevance versée avant que la marque existe au nom du concédant n'a aucun fondement.
Ce que ça coûte à mettre en place
Le coût de mise en place est la donnée que les présentations commerciales omettent le plus souvent, et c'est elle qui décide dans la majorité des dossiers.
Si la marque n'existe pas encore, le dépôt est peu coûteux. Si elle est déjà au nom de la société, et c'est le cas le plus fréquent, il faut l'en sortir, et c'est une cession : la plus-value est imposable à l'impôt sur les sociétésCGI art. 219. Comme la marque figure rarement à l'actif pour sa valeur réelle, la plus-value est à peu près égale au prix de cession.
S'y ajoutent l'évaluation, la rédaction du contrat, l'inscription au registre et le suivi annuel. L'arithmétique est donc à faire dans cet ordre : le coût de sortie d'abord, le gain annuel ensuite. Un dispositif qui rapporte 4 000 € par an et coûte 25 000 € à mettre en place met six ans à devenir intéressant, en supposant que rien ne change d'ici là.
Pour qui ça n'a pas de sens
Nous préférons l'écrire ici plutôt que de le découvrir ensemble au troisième rendez-vous. Le dispositif n'a pas de sens dans ces situations.
- Vos autres revenus vous placent déjà en haut du barème. La redevance y est prélevée plus lourdement qu'une rémunération.
- La marque est au nom de la société et vaut cher. Le coût de sortie absorbe plusieurs années de gain.
- Votre société est fragile ou peu bénéficiaire. Une redevance qui creuse le résultat est le premier signal que cherche un vérificateur.
- Vous n'avez pas de marque distinctive. Une dénomination sociale banale, un nom de famille sans notoriété, un sigle non exploité : il n'y a pas d'actif à louer, donc rien à rémunérer.
- Vous comptez remplacer toute votre rémunération. Vous perdriez vos trimestres et votre prévoyance, et vous inviteriez à la requalification.
À retenir
- La redevance de marque relève des bénéfices non commerciaux (CGI art. 92, 2-3°).
- Le gain est social et non fiscal : on passe de l'assiette d'activité à celle du patrimoine, à 18,6 % en 2026 et non 17,2 %.
- Le gain réel est de l'ordre de 1,6 % à budget égal, et il s'inverse quand les autres revenus montent.
- Trois conditions : une marque à votre nom, un contrat inscrit et daté, un taux justifié par une évaluation antérieure.
- Le coût de sortie de la marque hors de la société décide le plus souvent de l'opportunité de l'opération.